Régression de la flore vasculaire indigène

Insularité et micro-endémicité sont des facteurs de fragilité et de vulnérabilité de la flore indigène qui contribuent à accroître les risques d'extinction et la crise de la biodiversité dans les îles océaniques. Même si la situation réunionnaise n'est pas aussi critique que celles des deux autres îles des Mascareignes (Maurice et Rodrigues), les menaces qui pèsent sur la flore indigène restent aujourd'hui encore très fortes.

L'altération et la destruction des habitats ont été les processus les plus destructeurs de la biodiversité de l'île. Leurs effets ont heureusement été modulés par le relief, le climat et, plus récemment, les politiques publiques de maîtrise foncière et de gestion des espaces naturels. Les zones basses où se sont concentrées l'urbanisation et les activités agricoles n'ont conservé qu'environ 1 % de leur couverture forestière initiale, tandis que les forêts humides d'altitude et les végétations altimontaines ont été relativement épargnées. Même si le processus s'est considérablement ralenti sous l'action conjuguée d'une vigilance associative et d'une politique volontariste de préservation des habitats indigènes et de gestion conservatoire de la biodiversité indigène, la végétation indigène constitue une peau de chagrin qui continue encore ici et là à se rétrécir.

foret primaireUne coupe récente en forêt hygrophile de montagne dans le centre de l'île.

Depuis CADET (1977), un chiffre de 30 % de végétations indigènes subsistantes est souvent avancé en préambule des présentations des problématiques de conservation (GARGOMINY 2003). Ce chiffre ne tient cependant pas compte de l'état de perturbation et de dégradation d'un grand nombre de ces milieux.

Le maintien et l'extension de pratiques telles que le feu, le pâturage sauvage et l'ensemencement fourrager dans les espaces altimontains, la multiplication des perturbations anthropiques diverses (plantations en sous-bois, campements sauvages, ouverture de sentiers, surfréquentation ...) sont les principaux facteurs qui aujourd'hui encore amenuisent l'état de conservation des végétations indigènes subsistantes.

bovinsPâturage sauvage, souvent associé au feu, et sursemis de graminées exotiques constituent les principaux facteurs actuels de dégradation de la flore et de la végétation des hautes montagnes de la Réunion.

Les perturbations anthropiques précédemment citées sont des exemples d'actualité qui peuvent illustrer la problématique plus globale des invasions biologiques par des espèces introduites. Ces invasions sont considérées au niveau mondial par l'UICN, comme le troisième facteur de perte de biodiversité après la destruction des habitats et la surexploitation des espèces.

tamarinaieUne Tamarinaie à Acacia heterophylla Willd. de la côte sous le vent, à strate herbacée entièrement envahie par le Longose de Gardner, Hedychium gardnerianum.

Les systèmes insulaires tropicaux apparaissent particulièrement vulnérables aux invasions biologiques comme l'ont montré de très nombreux travaux dans les îles tropicales. L'impact des processus invasifs sur les milieux et la flore indigène ne se limite pas aux faits végétaux, mais concernent les espèces animales introduites. Les rats, largement répandus dans toute l'île jusqu'au sommet du Piton des Neiges, consomment une quantité importante de fruits et de semences qui peuvent limiter de manière significative la régénération de plantes aux populations réduites. Il est en de même avec les Achatines, mollusques ravageurs de plantules et de jeunes pousses. Des études récentes ont ainsi montré que les prélèvements par les rats et les achatines étaient les principaux facteurs de régression actuelle du Mazambron marron (Aloe macra) (MEYER J.-Y. & PICOT F. 2001, JANSSEN P. 2003, PICOT F. 2005).

alomacLe Mazambron marron (Aloe macra) dans son habitat relictuel de corniche rocheuse des falaises semi-sèches de l'île.

La flore exotique introduite constitue le réservoir potentiel des phénomènes d'invasions végétales. Ces problématiques sont connues de longue date ; CORDEMOY (1895) écrit à propos du Raisin marron (Rubus alceifolius) : "Espèce originaire de l'Asie méridionale, importée il y a environ un demi-siècle. Aujourd'hui elle envahit presque toute l'île, étouffe la végétation indigène, détruit les forêts et devient un véritable fléau". Durant de longues décennies, l'ampleur des impacts des invasions biologiques sur les milieux naturels ne suscitera que peu de réactions, si ce n'est celle de R. LAVERGNE qui publie en 1978 en un premier mémoire sur "les pestes végétales de l'île de la Réunion". Mais ce n'est que depuis une dizaine d'années à la suite des travaux de D. STRASBERG, C. LAVERGNE, S. BARET ... que les invasions biologiques vont devenir une véritable problématique régionale de conservation de la biodiversité et susciter différentes initiatives de lutte et de prévention dont la coordination et la stratégie globale n'ont malheureusement pas encore trouvé de cadre pérenne à l'échelle de l'île.

Les principaux végétaux dont le comportement invasif interfère avec le fonctionnement des végétations indigènes pouvant aller jusqu'à une secondarisation complète des habitats, sont bien connus. Il s'agit surtout de plantes anciennement introduites dans l'île comme Psidium cattleyanum (Goyavier), Rubus alceifolius (Raisin marron), Hedychium gardnerianum (Longose de Gardner), Hiptage benghalensis (Liane papillon), Lantana camara (Galabert), Boehmeria penduliflora (Bois chapelet), Anthoxanthum odoratum (Flouve odorante)... Mais il existe aussi des invasions rapides d'espèces introduites plus récemment comme Ligustrum robustum subsp. walkeri, Clidemia hirta.