Un bilan permanent de la flore

L'Index de la flore vasculaire de la Réunion (V. BOULLET, auteur et coordonnateur principal), première base de données taxonomiques, nomenclaturales et de connaissances générales de la flore de l'île, permet d'éditer un bilan permanent de l'état de diversité de la flore vasculaire de l'île. Depuis 2014, cet index alimente, pour le territoire de La Réunion, TAXREF le référentiel taxonomique et nomenclatural national.

Selon la version 2015.1 (mise à jour du 6 janvier 2015) la flore vasculaire spontanée de la Réunion s'élève actuellement à 1764 espèces de plantes vasculaires, dont 1503 Spermatophytes (85,2%) et 261 Ptéridophytes (14,8 %). Elle se répartit en :

  • 867 espèces indigènes soit environ la moitié (48 %) de la flore spontanée,
  • 843 espèces exotiques, soit approximativement l'autre moitié (48 %),
  • 54 espèces cryptogènes, de statut indigène possible mais encore obscur, soit 3 %.

On trouvera dans l'onglet "Statistiques sur l'index", une exploitation récente plus complète et illustrée de l'Index.

Place et originalité de la flore vasculaire de la Réunion

Les traits généraux de diversité spécifique et d'endémicité de la flore indigène sont typiques des îles océaniques isolées.

La diversité spécifique de la Réunion (848 espèces pour 2512 km², soit une densité spécifique de 0,3 espèce au km²) est faible par rapport à celle des îles continents comme Madagascar (± 10 000 espèces) ou la Nouvelle-Calédonie (3261 espèces). Elle est néanmoins relativement élevée si on la compare à d'autres territoires océaniques intertropicaux isolés : la Polynésie française qui regroupe près de 120 îles, compte 893 espèces vasculaires pour 3521 km² (soit 0,25 espèce au km²), les Seychelles avec 350 espèces pour 455 km² (soit 0,77 espèce au km²).

weimauWeinmannia mauritiana D. Don, arbuste endémique de Maurice et de la Réunion.

Les îles océaniques proches des continents ont une richesse spécifique nettement plus élevée, ce qui tend à prouver que l'immigration de la flore dans les îles océaniques diminue avec l'éloignement des continents. Mayotte (377 km²) totalise 616 espèces vasculaires, soit une densité spécifique remarquablement élevée (1,63 espèces au km²) ; la Guadeloupe et la Martinique, ensemble, compte 1863 espèces (plus du double de la Réunion) pour une surface presque équivalente (2813 km², soit 0,66 espèces au km²).

Dans les Mascareignes, Maurice, plus petite que la Réunion, est aussi un peu plus riche (884 espèces pour 1865 km², soit 0,47 espèces au km²), ce qui est somme toute logique au vu de son ancienneté (7,8 MA). Rodrigues, île basse (393 m d'altitude), petite (151 km², soit 16 fois moins grande que la Réunion), jeune (1,8 MA) et très isolée, compte néanmoins 109 espèces de plantes vasculaires (environ 8 fois moins que la Réunion, soit 0,75 espèce au km²).

L'endémisme de la flore vasculaire est élevé à la Réunion avec des taux de 26,3 % pour l'endémisme strict et de 45,3 % pour l'endémisme régional total (Mascareignes). Ces taux semblent plus élevés que dans les deux autres îles des Mascareignes, mais les données disponibles ne sont pas comparables.

obeficLe Bois d'ortie, Obetia ficifolia (Poir.) Gaudich., endémique des Mascareignes, en danger critique d'extinction, fait actuellement l'objet à la Réunion d'un Plan directeur de conservation.

Les îles continentales et les territoires insulaires très isolés ont un endémisme végétal beaucoup plus élevé : Madagascar (> 80 %), Nouvelle-Zélande (> 80 %), Nouvelle-Calédonie (74 %), Hawaï (90 %), Polynésie franaise (62 %). A contrario, les îles océaniques proches des continents et les territoires continentaux révèlent des taux bien plus faibles : Mayotte (5 %), Guadeloupe + Martinique (4 %), Guyane (3 %).

Remarque - Les statistiques précédentes sur la diversité et l'endémisme des territoires autres que la Réunion sont repris de BLANCHARD (2000) et GARGOMINY (2003). Elles doivent être considérées avec circonspection car les éléments comptabilisés en terme de rang systématique, de type d'endémisme, de statut d'indigénat ne sont pas toujours clairement exprimés dans ces articles de synthèse.